Bienvenue dans cette quatrième édition de la Mosaïque Littéraire !
À l’image d’une mosaïque, cet assemblage de petits cubes multicolores et disparates, cette newsletter est un espace de partage et de réflexion, où le mélange de nos différences et de nos singularités fait notre force et notre beauté.
Ici, on s’interroge, on se mélange et on partage pour faire bouger les lignes et élargir nos horizons au travers de thématiques diversifiées et de ressources littéraires engagées.
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Édito
Je suis actuellement en plein travail préparatoire de mon troisième manuscrit et travaille dur pour promouvoir mon deuxième roman paru aux Éditions Pélagie le 12 mars dernier (pour en savoir plus, c’est par ici 😊) L’écriture de cette newsletter est donc une petite bouffée d’oxygène et de plaisir non dissimulé !
Aujourd’hui, on s’interroge ensemble sur la résurgence du mot autrice (qui est loin d’être un effet de mode mais plutôt une revendication légitime d'égalité et de reconnaissance) et je vous partage quelques coups de cœur culturels engagés qui ont ensoleillé mon moral ces derniers jours !
Pourquoi « autrice » ? Telle est la question…
Il y a quelques jours, une jeune femme rencontrée lors d’une dédicace en librairie m'a posé une question toute simple : « Vaut-il mieux dire autrice ou auteure ? »
La question paraît anodine. Pourtant, elle ouvre une porte sur quelque chose de beaucoup plus vaste : la place des femmes dans la langue, dans la littérature et dans notre mémoire collective.
Ma réponse a été simple : j'utilise autrice. Pas parce que c’est à la mode, mais bien parce que les mots que nous utilisons comptent, ont un pouvoir et dictent qui a le droit d’exister dans le récit collectif. Et parce que, figurez-vous, le mot autrice n'a rien d'une invention récente.
« Autrice, quand même, c'est moche »
C'est souvent la première objection que l'on entend. Mais soyons honnêtes : ce n'est pas vraiment un argument linguistique, c'est un argument d'habitude. Pendant des siècles, nous avons entendu le mot auteur pour désigner tout le monde. Pourtant, nous trouvons parfaitement naturels des mots comme actrice, cantatrice ou réalisatrice. Pourquoi autrice semblerait-il étrange ?
Curieusement, c'est toujours lorsqu'il s'agit de nommer des femmes dans des espaces de pouvoir, de création ou de légitimité intellectuelle que la langue devient soudain une affaire extrêmement sérieuse.
En 1899, l'écrivain Remy de Gourmont s'étonnait que l'on accepte sans difficulté actrice mais que l'on rechigne à utiliser autrice. Plus d'un siècle plus tard, le débat continue.
Un mot effacé avec celles qu'il désignait
On présente parfois autrice comme un néologisme militant mais il n’y a rien de plus faux. Ce mot existe depuis le Moyen Âge. On le trouve dans des textes anciens, des dictionnaires et même dans la littérature du XVIIe siècle.
Alors que s'est-il passé ? Eh bien, le même phénomène qui a touché tant d'autres métiers exercés par des femmes : leur effacement.
Les recherches menées par plusieurs historiennes, dont Titiou Lecoq, montrent à quel point notre mémoire collective a été soigneusement réécrite. Des femmes ont exercé des professions, dirigé des ateliers, publié des œuvres, enseigné, créé. Puis, progressivement, leurs traces ont été effacées et avec elles, les mots qui les désignaient.
Le retour du mot autrice aujourd'hui n'est donc pas une fantaisie linguistique : c'est la réapparition d'un mot ancien qui avait été mis de côté au moment même où les femmes étaient écartées de nombreux espaces de pouvoir et de création.
Quand les écrivaines disparaissent
Pendant longtemps, on nous a raconté une littérature écrite presque exclusivement par des hommes. Comme si les femmes avaient passé plusieurs siècles à patienter sagement dans un coin, incapables d'écrire, de penser, de créer, de débattre ou simplement d'exprimer leurs idées.
Heureusement, les recherches récentes remettent les pendules à l'heure. C'est d'ailleurs ce qui m'a donné envie de découvrir les deux tomes d'Autrices, ces grandes effacées qui ont fait la littérature, de Daphné Ticrizenis, publiés aux éditions Hors d’atteinte.
Je ne les ai pas encore lus, mais ils figurent déjà dans ma pile à lire. Si certain.e.s d'entre vous les ont découverts, je serais ravie d'avoir vos retours avant de me faire ma propre opinion 😊!
Précision importante
Choisir le mot autrice, ce n'est pas effacer le mot auteure, ni imposer une vérité absolue. C'est simplement faire le choix d'un terme qui rend immédiatement visible le genre de la personne dont on parle. Car oui, les mots façonnent nos imaginaires et notre représentation du monde. Ils influencent ce que nous considérons comme normal, légitime ou possible.
Lorsqu'une petite fille entend le mot autrice, elle comprend immédiatement qu'une femme peut écrire, publier, créer et être reconnue pour cela. Et qu’elle aussi en est capable et en a le droit !
En finir avec l'idée d'un féminisme agressif
Loin de moi l’envie de mener une bataille linguistique. Chaque femme écrivaine choisit le mot qui lui plait. Certaines préfèrent auteure, d'autres autrice, d'autres encore auteur. L'essentiel n'est pas d'imposer un mot mais de pouvoir choisir librement celui qui nous représente.
Aujourd'hui, autrice figure dans les dictionnaires de référence, est accepté au Scrabble et son usage continue de progresser. Son retour témoigne moins d'une révolution que d'une évolution naturelle de la langue : celle qui cherche à mieux refléter la réalité du monde, dans une société plus inclusive et plus attentive aux contributions de chacun, quelque soit son genre.
Et finalement, si ce vieux mot revient en force aujourd'hui, c'est peut-être simplement parce qu'il avait encore quelque chose à nous dire et à défendre 😉 !
« Utiliser "autrice", c’est permettre à la langue d’être fonctionnelle et de la débarrasser de couches de sexisme et de misogynie qui l’ont recouverte depuis quatre siècles. » Aurore Evain
Coups de cœur engagés
Chaque édition de la Mosaïque Littéraire est l’occasion pour moi de partager avec vous quelques pépites glanées au fil du temps, qui reflètent les enjeux de notre temps et participent activement à la transformation du monde. Bonnes découvertes !
Pour aller plus loin :
Les grandes oubliées, pourquoi l’Histoire a effacé les femmes, de Titiou Lecoq. Dans cet essai passionnant, l’autrice enquête sur les mécanismes qui ont invisibilisé des générations de femmes ayant pourtant gouverné, créé, découvert ou combattu. Une lecture éclairante qui donne envie de regarder notre passé (et notre présent) avec un œil neuf.
Un film qui fait du bien :
J’ai vu, de Victor Quilichini. Ce mini-film, disponible gratuitement sur YouTube, montre toutes les personnes qui ont décidé de pas rester les bras croisés face à l’urgence écologique, qui ont décidé de se battre et de se mettre en mouvement. Si vous avez besoin d’un petit shoot d’encouragement et d’inspiration, c’est par ici !
Une œuvre d’art engagée à découvrir cet été :
Dans le cadre de l’édition 2026 du festival d’art contemporain Un été au Havre, les impressionnants icebergs de Gaspard Combes feront leur apparition sur le bassin du Commerce pour rappeler la fragilité de la calotte glacière, dont la fonte menace les villes littorales comme Le Havre. Un magnifique exemple de ce que l’Art peut convoyer comme message… À retrouver dès le 27 juin 2026 à l’ouverture du festival qui transforme la ville du Havre en musée à ciel à ouvert !
Voilà, c’est terminé pour aujourd’hui ! Merci de m’avoir lue jusqu’au bout !
On se retrouve dans quelques semaines avec une nouvelle édition de la Mosaïque Littéraire 😊 !
Si cette newsletter vous a intéressé.e.s, j’ai un service à vous demander : partagez-la autour de vous et sur les réseaux sociaux. Merci infiniment d’avance car c’est uniquement grâce à vous que ce projet grandit 😊 ! Enfin, si vous avez un peu de temps, n’hésitez pas à me donner votre avis sur cet épisode : je serai ravie de vous lire !
À bientôt !
Marie
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