La Mosaïque Littéraire #3

Où je vous parle politique, écologie et littérature

La Mosaïque Littéraire
4 min ⋅ 03/02/2026

Bienvenue dans ce nouveau numéro de la Mosaïque Littéraire !

Merci à vous d’être toujours plus nombreuses et nombreux à me suivre dans cette aventure !

Aujourd’hui, je viens vous parler d’un roman coup de poing, qui m’a véritablement questionnée, remuée, bouleversée. Asseyez-vous confortablement : c’est une newsletter un peu longue que je vous adresse aujourd’hui.

Dans la forêt, de Jean Hegland

Dans le contexte géopolitique et climatique actuel, je cherche à me documenter le plus possible pour lutter contre la sidération et la paralysie. L’objectif, in fine, est de m’outiller de manière suffisamment efficace pour réussir, dans quelques temps, à oser prendre la parole et disposer des meilleurs arguments pour réfuter les idées reçues sur le climat et la transition écologique. Le chemin est encore long (et ce n’est pas peu dire… S’intéresser à la question du climat, c’est ouvrir un vaste champ de connaissances à digérer, à comprendre, à intégrer…) mais j’y travaille activement.

J’ai découvert Jean Hegland en visionnant son interview par Paloma Moritz sur Blast. En tant qu’autrice, l’intitulé de l’interview m’avait intriguée : « Face à la dystopie actuelle, ‘il nous faut des fictions qui nous aident à réimaginer nos avenirs’. »

La promesse de parler politique, écologie et littérature ? Il ne m’en fallait pas plus pour écouter cet échange. C’était absolument passionnant ! Que vous soyez artiste-auteur.ice ou non, je vous encourage vivement à aller l’écouter à votre tour, ça dure 50 minutes et c’est disponible en VO ou en français sur YouTube ou sur le site de Blast.

Un roman culte

Dans la forêt a été publié aux États-Unis en 1995 et seulement traduit et disponible en France depuis 2017 ! Véritable best-seller, ce roman raconte l’histoire de deux sœurs, Nell et Eva, confrontées à l’effondrement de la société et qui doivent apprendre à apprivoiser les arbres et les plantes qui les entourent pour survivre seules dans la forêt.

J’ai plongé dans ce page-turner pour en ressortir le souffle coupé, avec un essaim bourdonnant à l’esprit. L’histoire m’a tenue éveillée jusqu’au cœur de la nuit. J’y pensais pendant mes journées de travail avec l’envie irrépressible d’accélérer le temps pour continuer ma lecture en soirée.

Ce roman, réaliste et saisissant, est un huis-clos où ne sont que brièvement évoquées les raisons de l’effondrement. Là n’était pas le sujet, finalement. Loin d’être un roman apocalyptique, j’ai trouvé en filigrane entre chaque ligne infiniment d’espoir. Un retour à la frugalité, au minimalisme, à la joie des petites victoires. Le récit ne tombe à aucun moment dans la leçon moralisatrice mais pose plutôt un regard étonné, à travers la voix de la narratrice, sur les artifices qui rendent nos vies si confortables.

« Quand je pense à la façon dont nous vivions,

à la désinvolture avec laquelle nous usions les choses,

 je suis à la fois atterrée et pleine de nostalgie. »

Cet extrait de ce qu’écrit Nell dans son journal m’a rappelé la citation assez connue du chef amérindien Sitting Bull (1831 – 1890) : « Lorsque le dernier ruisseau sera pollué, le dernier animal chassé et le dernier arbre coupé, l’homme blanc comprendra que l’argent ne se mange pas. »

Dans la forêt nous invite donc à imaginer ce à quoi pourrait ressembler notre monde s’il était libéré de la pression consumériste qui l’étreint. Un monde où équilibre et respect du vivant permettraient la survie de chacun.

Vous reprendrez bien un peu d’éco-anxiété ?

Notons que plus d’un siècle s’est écoulé entre les propos de Sitting Bull et l’écriture du roman de Jean Hegland en 1995, et que trois décennies d’inaction et de paralysie plus tard, nous sommes toujours en proie aux mêmes constats, aux mêmes aberrations.

À lire la description de Dans la forêt, vous serez sans doute plusieurs à vous faire la réflexion suivante : « Vu la sinistrose ambiante, j’ai besoin de légèreté dans mes lectures ! Je n’ai aucune envie de lire un roman d’anticipation qui ferait monter mon cortisol de stress au taquet ! »

Rassurez-vous. Premièrement, je suis de ces personnes qui prônent le fait de lire en respectant ses besoins et ses envies (vous pouvez donc respirer et inscrire ce roman dans votre « wishlist » pour quand vous vous sentirez prêt.e 😊 !)

Deuxièmement, j’insiste sur le fait que ce roman est loin d’être sombre. Quand j’y repense avec le recul, ma tête s’emplit de chants d’oiseaux, de mélodies de ruisseaux, d’oxygène, de vert, de brun, de bleu… Certes, la situation d’effondrement à laquelle font face nos deux héroïnes est loin d’être souhaitable, mais le sujet est traité avec bon sens, avec douceur et avec beaucoup d’espérance !

Car oui, face à la précarité de notre civilisation, Jean Hegland ouvre un futur possible

Le pouvoir des imaginaires

À mes yeux, il s’agit d’une lecture essentielle car elle invite à interroger la dystopie dans laquelle nous vivons, les modes de vie que nous cultivons, qui détruisent le vivant autour de nous et mènent à notre perte.

En tant que citoyenne, cette lecture m’interroge sur les imaginaires dont j’ai été nourrie depuis que je suis enfant et dont je me nourris encore, consciemment ou non, au sein de la société (au travers des publicités, des réseaux sociaux, des films, des romans, …) Des imaginaires de puissance, de « réussite » sociale et financière, de compétition, véhiculés par des visuels de grosses voitures, de destinations ensoleillées, d’objets technologiques dernier cri…

En tant qu’autrice, elle m’interroge sur la responsabilité que nous avons, en tant qu’artistes, pour alimenter des imaginaires qui soient respectueux du vivant. L’interview de Jean Hegland m’a fait l’effet d’une déflagration.

Quoiqu’il en soit, Dans la forêt m’interroge, me propulse dans l’action, m’incite à m’engager. Pour moi, pour mes enfants, pour les vivants, pour la planète. Je peux dire que je ne suis plus tout à fait la même après cette lecture. En tant que citoyenne, en tant que mère, en tant qu’autrice.

Ce roman est la preuve du pouvoir de la littérature sur nos vies. Je trouve cela merveilleux et cela me donne d’immenses raisons d’espérer !

Pour aller plus loin :

  • Pour un petit shoot de bon sens, de poésie et d’humanité, je vous invite à écouter la chronique de Cyril Dion sur France Inter en date du 26 mars 2025 : « Où est passée notre humanité ? » (4 minutes)   

  • Si vous souhaitez commencer à creuser le sujet du changement climatique, je vous conseille l’excellent travail de Thomas Wagner et son équipe du média Bon Pote, qui est une vraie mine d’or ! Vous pouvez débuter par ici.

  • Une dernière recommandation pour garder le moral et nourrir l’espérance ? « Climat : sortir de l’éco-anxiété tout en restant éveillé » (59 minutes) : un podcast France Culture, à écouter

Je vous remercie de m’avoir lue jusqu’au bout 😊 ! Rendez-vous dans vos boîtes mail pour le prochain numéro de la Mosaïque Littéraire !

D’ici-là, prenez soin de vous, bonnes lectures et à bientôt <3 !

Marie

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La Mosaïque Littéraire

Par Marie Villequier